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Aux quatre coins de l'Est de la France, des familles entières font rimer dimanches d'automne et retrouvailles. La joie d'enseigner et l'excitation d'apprendre, créer et maintenir des liens. Voilà ce qu'offre la chasse qui s'impose comme bien plus qu'un loisir, mais comme une tradition qui structure la vie à la campagne.
Chez les Voilquin des Vosges, en chasse depuis quatre générations. Chez les Malmonté de Pange en Moselle, trois générations se partagent le même territoire depuis plus de quarante ans. Pour ces familles, la chasse n'est pas qu'une question de gibier, c'est un art de vivre, une manière d'être ensemble, une philosophie transmise dans le silence de la forêt. Rencontre avec ceux qui perpétuent cet héritage, de saison en saison, de fusil en fusil.
Une histoire d'ADN
Daniel Voilquin se souvient encore du jour où son père lui a mis un fusil entre les mains. Il avait 16 ans, c'était le début des années 1960. « C'était un gène, pas vraiment un apprentissage », raconte-t-il avec un sourire. Son père ne lui a pas demandé s'il voulait chasser. Il a supposé que ça se produirait naturellement. Et il avait raison.
Les premiers gibiers tirés par Daniel : un colvert et une sarcelle. C'était le 4 décembre 1965. Une date qu'il n'a jamais oubliée : « Ce sentiment de joie, de fierté, c'est quelque chose qui vous marque à vie », confie-t-il aujourd'hui, assis dans son salon où trônent les armes de chasse de trois générations. Prélever son premier gibier n'est pas anodin. Tel un adoubement, c'est un rite de passage qui a scellé sa vie de chasseur.
Éric, le fils, ne fit son entrée véritable dans la forêt qu'à l'âge de trois ou quatre ans pour accompagner les sorties familiales : « Dès que j'ai su marcher en fait », explique-t-il simplement. Pourtant, il confie avoir failli « naître à la chasse » : « Ma mère aussi chassait. Et lors d'une traque, elle a bien failli me mettre au monde sur une botte de foin », s'amuse-t-il, le regard pétillant. Ça prédispose !
Mais que fait un bambin au milieu d'une forêt de presque 300 hectares ? La réponse révèle une sagesse ancienne : « On n'apprend pas vraiment à chasser à cet âge. » L'initiation est tout autre ; elle est sensorielle, profonde. « On apprend à écouter, à observer, à respirer la forêt. » Cette attitude humble résonne avec la sagesse des anciens, rappelant la pensée de Francis Bacon, le philosophe anglais qui enseignait qu'« on ne commande à la nature qu'en lui obéissant. »
De l'Irlance au Congo
Pour apprendre, Éric a parcouru le monde entier, avec son grand-père. Irlande, Canada, jusqu'au Congo : « 21 jours, 400 kilomètres, dans la forêt primaire à chasser des antilopes bongo ! Je venais d'avoir mon Bac. C'est le plus beau souvenir avec mon grand-père. C'est aussi probablement mon plus beau souvenir de chasse. »
Aujourd'hui, c'est au tour des enfants d'Éric de s'engager sur la voie. Pour eux, pas de voyages à l'autre bout du monde, mais toujours le même territoire de chasse. Quatre générations à fouler les mêmes sous-bois, à prélever le même gibier, ou presque. Quelle autre activité peut prétendre souder ainsi les membres d'une même famille ? Lorsqu'on leur pose la question, aucun n'a de réponse.
À Pange, même histoire

Pierre, Hubert et Philippe Malmonté © Pierre Malmonté
À Pange, en Moselle, l'histoire défile selon un canevas similaire. Hubert Malmonté, à 88 printemps, y assume le rôle du patriarche et ouvre, d'un geste lent et solennel, le livre précieux de ses souvenirs. La première page de cette saga s'écrit à ses 16 ans, le jour de sa première chasse. Son fils, Philippe (56 ans), s'est naturellement engagé dans le sillage paternel.
Désormais, c'est Pierre, le petit-fils, âgé de 27 ans, qui perpétue fièrement la tradition. « On est originaire de Pange et donc Papa a commencé la chasse au village », raconte Philippe. Ce n'est pas une simple information ; c'est l'affirmation profonde que, ici, la chasse ne répond pas à une humeur passagère ou une mode d'un temps, mais s'inscrit dans une identité viscérale, solidement ancrée dans un territoire.
La chasse, en tous cas celle-ci, en est l'une des expressions. Et elle se déploie sur un territoire de 300 hectares, que chaque Malmonté peut se vanter « de connaître dans les moindres recoins ».
Passage de relais, passage de fusil
Aussi, le passage du fusil revêt une charge symbolique. Éric se souvient avec émotion du jour où son grand-père lui a confié ses armes, des Browning B-25 patinés par les décennies. Chez les Malmonté, Hubert conserve avec une piété toute particulière son fusil ancien.
Il sait, d'une certitude tranquille, qu'il passera aux enfants puis aux petits-enfants, que ce métal et ce bois porteront l'empreinte de mains, de regards, mais aussi « du respect qu'on porte à l'animal ».
Partie 1 - Ce que disent les chiffres de la transmission







